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Élizabeth Garneau

Maîtrise individualisée en psychologie

Bishop's University

Intérêts :

« Je suis très intéressée par la recherche sur le sommeil et tous ces différents aspects. Je suis également intéressée par la recherche sur la santé des femmes. »

Le sommeil féminin sous l’emprise des hormones

Examiner l’influence de l’usage de la contraception hormonale sur la qualité du sommeil chez les femmes préménopausées.

Article :

La pilule contraceptive est la deuxième méthode de contraception la plus utilisée au Canada [1]. Pour de nombreuses personnes, débuter la prise de contraception hormonale se fait sans hésitation. Malgré cette utilisation fréquente des contraceptifs hormonaux, leurs effets secondaires demeurent incompris. Le sommeil semble particulièrement sensible à ces effets : certaines études rapportent des effets favorables, tandis que d’autres relèvent une détérioration de sa qualité perçue [2-3]. Ces résultats contrastés soulignent la nécessité de mieux caractériser les liens entre les hormones sexuelles féminines (la progestérone et l’œstrogène) et la qualité du sommeil. Cela permettrait de mieux guider les choix contraceptifs et d’améliorer la qualité de vie des utilisatrices.

La plupart des effets positifs sur le sommeil sont observés lorsque la qualité du sommeil est mesurée de façon physiologique à partir d’indicateurs tels que la durée du sommeil, les apnées et les hypopnées ainsi que le nombre d’éveils [4]. À titre d’exemple, une étude révèle que la contraception hormonale diminuerait les perturbations respiratoires (apnées et hypopnées) pendant le sommeil [3]. Toutefois, le sommeil n’est pas seulement quelque chose de mesurable physiquement. Il est aussi un état modifié de conscience caractérisé par une diminution de l’attention, de l’activité réflexive et de la perception sensorielle, ainsi qu’une perception altérée de soi et de son environnement [5]. C’est pourquoi évaluer le sommeil avec des mesures physiologiques ne reflète pas toujours l’expérience subjective de chaque individu. Les effets négatifs sur la qualité du sommeil semblent plus fréquents lorsque le sommeil est évalué de façon auto-rapportée à l’aide de questionnaires [4]. Par exemple, une étude a examiné la qualité du sommeil au moyen de questionnaires en demandant à chaque personne de décrire la sévérité de leurs symptômes d’insomnie et de somnolence lors de la journée. Elle a mis en évidence une qualité de sommeil diminuée chez les individus utilisant une contraception hormonale [2].

Ces disparités entre les mesures physiologiques et les évaluations auto-rapportées démontrent l’importance de l’expérience individuelle dans l’évaluation du sommeil et du bien-être. Elles illustrent que l’activité du cerveau et du corps ne traduit pas nécessairement l’expérience vécue. Les hormones sexuelles féminines modulées par la contraception hormonale pourraient donc influencer non seulement l’architecture du sommeil, mais aussi la façon dont celui-ci est vécu et intégré à l’expérience consciente de chaque personne. En s’appuyant sur l’expérience auto-rapportée de chaque individu, cette approche permet ainsi de décrire la qualité réelle du sommeil telle qu’elle est perçue [4].

Le taux de certaines hormones sexuelles féminines semble lié à une moins bonne qualité du sommeil au cours de certaines périodes du cycle menstruel. En effet, les individus ayant un cycle menstruel rapportent une qualité de sommeil diminuée à l’approche de leur période de menstruations. Autrement dit, la qualité du sommeil diminue à la fin de la phase lutéale, lorsque la progestérone et l’œstrogène sont en décroissance, et au début de la phase folliculaire, lorsque ces hormones sont stables et à leur niveau le plus bas. Puisque les hormones du cycle menstruel influencent la qualité du sommeil, il est primordial d’examiner cet effet en comparant la qualité du sommeil des personnes ayant un cycle menstruel naturel (sans contraception hormonale) et de celles qui prennent des hormones contraceptives. Pour ce faire, les mesures subjectives du sommeil doivent être administrées pendant chacune des phases du cycle menstruel (menstruations, phase folliculaire, période d’ovulation et phase lutéale). Elles doivent contenir deux questionnaires : l’un sur les symptômes d’insomnie perçus et l’autre sur la somnolence lors de la journée [6].

Pour conclure, les expériences de sommeil des personnes menstruées demeurent sous-représentées dans la recherche et souvent banalisées, alors qu’elles sont l’un des piliers du bien-être [7]. Les dimensions biologiques, psychologiques et sociales du sommeil doivent être intégrées ensemble dans les études biomédicales afin de mieux représenter la réalité des individus ayant un cycle menstruel. L’ajout de rapports subjectifs aux données physiologiques mesurées concernant les effets secondaires de la contraception hormonale sur le sommeil pourrait éclairer les changements ressentis, mais encore difficilement quantifiables. Cela pourrait notamment s’avérer pertinent pour certain.e.s utilisateur.trice.s de la plateforme Reddit qui décrivent leur expérience avec la contraception hormonale comme leur ayant causé un « brouillard mental », de la fatigue et un manque de motivation [8]. Cela permettrait également d’éclairer les décisions quant à la prise de contraceptifs hormonaux.

 

Références

1. Carpino, T. (2025, 10 février). Contraception use among sexually active women wanting to avoid pregnancy (publication n° 45-20-0002). Statistiques Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-20-0002/452000022025001-eng.htm

2. Bezerra, A. G., Andersen, M. L., Pires, G. N., Banzoli, C. V., Polesel, D. N., Tufik, S. et Hachul, H. (2020). Hormonal contraceptive use and subjective sleep reports in women: An online survey. Journal of Sleep Research, 29(6), e12983. https://doi.org/10.1111/jsr.12983

3. Hachul, H., Andersen, M. L., Bittencourt, L., Santos-Silva, R. et Tufik, S. (2013). A population-based survey on the influence of the menstrual cycle and the use of hormonal contraceptives on sleep patterns in São Paulo, Brazil. International Journal of Gynecology & Obstetrics, 120(2), 137-140. https://doi.org/10.1016/j.ijgo.2012.08.020

4. Bezerra, A. G., Andersen, M. L., Pires, G. N., Tufik, S. et Hachul, H. (2023). The effects of hormonal contraceptive use on sleep in women: A systematic review and meta-analysis. Journal of Sleep Research, 32(3), e13757. https://doi.org/10.1111/jsr.13757

5. McFarlane, J. M. (2024). 6. States of consciousness : What is consciousness. Dans S. Hutchinson et C. B. Eady (eds.), Introduction to psychology : Moving towards diversity and inclusion. BCcampus. https://opentextbc.ca/psychologymtdi/chapter/what-is-consciousness/

6. Alzueta, E. et Baker, F. C. (2023). The Menstrual Cycle and Sleep. Sleep Medicine Clinics, 18(4), 399-413. https://doi.org/10.1016/j.jsmc.2023.06.003

7. Ampofo, J., Sun, B., Bentum-Micah, G., Qinggong, L., Changfeng, W., Guoan, L. et Xusheng, Q. (2025). Investigating the impact of sleep quality on cognitive functions among students in Tokyo, Japan, and London, UK. Frontiers in Sleep, 4(1537997), 1-17. https://doi.org/10.3389/frsle.2025.1537997

8. Educational_Yak3112. (2023, 13 mars). Did hormonal birth control make you feel like your mind wasn’t fully working? Brain fog [publication Reddit]. r/birthcontrol. https://www.reddit.com/r/birthcontrol/comments/11qhv46/did_hormonal_birth_control_make_you_feel_like/

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