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Evaëlle Maryse Alcimé

Baccalauréat en psychologie

Université de Montréal

Interests:

“My research interests focus on the neuroscientific mechanisms of consciousness and how emerging technologies, particularly artificial intelligence, are transforming our understanding of human experience. I am especially interested in the links between cognition, emotion, and social responsibility in a digitally mediated world.”

Fun fact :

“My interest in consciousness stemmed from a simple question asked aloud: ‘How do we know we are conscious?’ This question, which initially seemed philosophical, led me to neuroscience and psychology.”

La conscience, de l’humain aux intelligences artificielles

Examiner la conscience en mettant en dialogue les avancées des neurosciences et les questionnements soulevés par l’intelligence artificielle, afin d’explorer ce qui distingue l’expérience humaine des systèmes technologiques.
 

Article :

Entre le cerveau humain et les intelligences artificielles génératives récemment démocratisées, la conscience s’impose aujourd’hui comme un enjeu scientifique et social. Tandis que les neurosciences cherchent à comprendre ce qui caractérise une expérience consciente, les technologies actuelles imitent avec une précision croissante certains aspects du langage et de l’interaction humaine. Une tension se fait sentir : alors que l’on explore la possibilité d’une conscience artificielle, la sensibilité humaine elle-même semble mise à l’épreuve dans un environnement saturé d’informations.

En 2023, Patrick Butlin et ses collègues ont proposé une analyse qui a relancé un débat majeur : certaines architectures actuelles d’intelligence artificielle pourraient posséder des propriétés fonctionnelles associées à des formes minimales de conscience [1]. Lorsqu’une intelligence artificielle produit un langage fluide et structuré, les utilisateur.trice.s ont tendance à l’interpréter à travers certains mécanismes de perception sociale également mobilisés lors des interactions humaines [2]. Une impression de compréhension ou de sensibilité peut alors émerger [2-3]. Cette ressemblance soulève une question fondamentale : que signifie réellement être conscient lorsque des machines semblent penser?

 

Deux cadres pour concevoir la conscience

Les recherches actuelles en neurosciences s’appuient sur différents cadres théoriques pour comprendre la conscience. Parmi les plus influents, deux modèles théoriques sont souvent mobilisés. Ces modèles ne la décrivent pas de la même manière, mais ils partagent un objectif commun : relier l’expérience vécue à des mécanismes cérébraux mesurables. La première approche, connue sous le nom de la théorie de l’espace de travail global, suggère qu’une information devient consciente lorsqu’elle cesse d’être traitée localement pour être diffusée à grande échelle dans le cerveau [4]. Tant que le traitement d’un stimulus reste confiné à une région restreinte, il demeure en arrière-plan, comme l’ont démontré des études de neuro-imagerie sur les états de conscience, menées notamment par Mashour, Roelfsema, Changeux et Dehaene. Lorsqu’il est amplifié et partagé entre plusieurs réseaux cérébraux (ex. : mémoire, langage, prise de décision), il devient accessible à l’ensemble du système [5]. On peut imaginer le cerveau comme une ville. Certaines informations circulent discrètement dans des ruelles spécialisées, mais lorsqu’une information gagne en importance, elle atteint la « place publique », où elle devient visible pour toute la ville. C’est cette diffusion qui permet ensuite de la décrire, d’y réfléchir et d’agir en conséquence [4-5].

La seconde approche, connue sous le nom de la théorie de l’information intégrée, repose sur une idée plus fondamentale : toute expérience consciente possède certaines propriétés qui lui sont propres. Par exemple, lorsqu’une personne perçoit une scène, elle ne fait pas l’expérience d’éléments isolés (ex.: couleurs, sons, formes), mais d’un ensemble cohérent. À partir de ces caractéristiques, la théorie propose qu’un système est conscient dans la mesure où ses composantes forment un tout intégré dont les parties dépendent fortement les unes des autres. L’expérience consciente ne serait donc pas seulement diffusée dans le cerveau, mais aussi structurée en une organisation cohérente dont les éléments sont étroitement liés. Ainsi, elle perdrait son sens si elle était fragmentée en parties indépendantes [6-7].

Bien que ces théories adoptent des approches distinctes quant au grand mystère de la conscience, elles proposent toutes deux des critères permettant de l’étudier scientifiquement [4,6,7]. Appliquées à la question de l’intelligence artificielle, ces deux théories permettent d’examiner si les systèmes existants possèdent des propriétés comparables à celles associées à l’expérience consciente. Les systèmes actuels d’intelligence artificielle générative sont capables de produire du langage fluide, de reconnaître des motifs complexes et d’organiser d’importantes quantités d’informations. Toutefois, ces performances ne démontrent pas la présence d’une expérience vécue. Comme le suggèrent les deux théories sur la conscience, produire une réponse cohérente ne suffit pas : encore faut-il que l’information soit globalement accessible (théorie de l’espace de travail global) ou profondément intégrée au sein d’un système pour qu’une expérience consciente puisse émerger (théorie de l’information intégrée). De plus, aucune donnée empirique ne permet d’affirmer que ces systèmes possèdent une conscience comparable à celle des humains [4,5,7]. Pourtant, face à des réponses cohérentes et structurées, il est fréquent de leur attribuer des intentions ou une forme de compréhension [3,7].

La conscience humaine à l’ère de l’intelligence artificielle

Alors même que les neurosciences tentent de préciser ce qu’est une expérience consciente, de nouveaux facteurs viennent complexifier cette réflexion. La conscience humaine ne se limite pas à un traitement cognitif : elle comporte aussi une dimension sensible et relationnelle, qui permet de comprendre la souffrance d’autrui et y réagir. Dans un environnement rempli d’images de conflits et de récits anxiogènes, cette capacité peut toutefois diminuer [8-10]. Dans ce contexte numérique où l’information circule massivement, les intelligences artificielles génératives participent à cette dynamique en produisant et en diffusant une grande quantité de contenus. En apprenant à partir d’immenses ensembles de données, ces systèmes peuvent structurer et reformuler l’information en ligne. Leur langage fluide peut alors susciter l’impression d’une intention ou d’une sensibilité. Ce phénomène d’anthropomorphisme correspond à la tendance humaine à attribuer des états mentaux à des entités qui présentent un comportement organisé [2,7].

Clarifier scientifiquement ce qu’est la conscience devient alors essentiel. À mesure que l’intelligence artificielle s’intègre partout, l’enjeu consiste maintenant à préserver les conditions qui permettent à la conscience humaine de demeurer attentive, critique et sensible face à l’influence des technologies.

 

 

 

Références

1. Butlin, P., Long, R., Elmoznino, E., Bengio, Y., Birch, J., Constant, A., Deane, G., Fleming, S. M., Frith, C., Ji, X., Kanai, R., Klein, C., Lindsay, G., Michel, M., Mudrik, L., Peters, M. A. K., Schwitzgebel, E., Simon, J. et VanRullen, R. (2023). Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness. ArXiv, 1-88. https://doi.org/10.48550/arxiv.2308.08708

2. Waytz, A., Gray, K., Epley, N. et Wegner, D. M. (2010). Causes and consequences of mind perception. Trends in Cognitive Sciences, 14(8), 383-388. https://doi.org/10.1016/j.tics.2010.05.006

3. Epley, N., Waytz, A. et Cacioppo, J. T. (2007). On seeing human: A three-factor theory of anthropomorphism. Psychological Review, 114(4), 864-886. https://doi.org/10.1037/0033-295X.114.4.864 

4. Mashour, G. A., Roelfsema, P., Changeux, J. P. et Dehaene, S. (2020). Conscious processing and the global neuronal workspace hypothesis. Neuron, 105(5), 776-798. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2020.01.026

5.  Dehaene, S. (2014). Consciousness and the Brain: Deciphering How the Brain Codes Our Thoughts. Viking Penguin. https://www.softouch.on.ca/kb/data/Consciousness%20and%20the%20Brain.pdf

6. Tononi, G. (2004). An information integration theory of consciousness. BMC Neuroscience, 5(42), 1-22. https://doi.org/10.1186/1471-2202-5-42

7. Tononi, G., Boly, M., Massimini, M. et Koch, C. (2016). Integrated information theory: from consciousness to its physical substrate. Nature Reviews Neuroscience, 17(7), 450-461. https://doi.org/10.1038/nrn.2016.44

8. Searle, J. R. (1980). Minds, brains, and programs. Behavioral and Brain Sciences, 3(3), 417-424. https://doi.org/10.1017/S0140525X00005756

9. Zuboff, S. (2019). The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power. PublicAffairs. https://we.riseup.net/assets/533560/Zuboff%2C+Shoshana.The+Age+of+Surveillance+Capitalism.2019.pdf

10. Slovic, P. (2007). “If I look at the mass I will never act”: Psychic numbing and genocide. Judgment and Decision Making, 2(2), 79-95. https://doi.org/10.1017/S1930297500000061

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