MONIC
MONTRÉAL INITIATIVE FOR CONSCIOUSNESS

Matis Brossard
Maîtrise en psychologie
Université Laval
Laboratoire : Laboratoire de la Chaire d'excellence en recherche du Canada en neuroplasticité
Intérêts :
« Je m'intéresse à l'activité électrique du cerveau lors de la méditation, que j'étudie à l'aide de l'électroencéphalogramme. »
Fun fact :
« Ça fait 10 ans que je fais de l'impro presque toutes les semaines! »
La méditation pour apaiser sa météo intérieure
Examiner la dynamique des réseaux cérébraux qui soutiennent l'expérience de la méditation.
Article :
Et si les états mentaux fonctionnaient comme la météo? Au centre de recherche CERVO de Québec, une équipe de recherche cherche à comprendre comment la méditation transforme la dynamique de l’activité cérébrale. À l’heure où l’anxiété et la dépression gagnent du terrain, ces travaux pourraient offrir des pistes pour mieux naviguer dans un climat mental devenu de plus en plus inhospitalier [1].
La méditation offre une multitude de bénéfices, tant sur le plan physique que mental. En effet, la méditation peut renforcer le système immunitaire, favoriser une meilleure santé cardiovasculaire et améliorer une variété d’aspects de la santé mentale [2]. Sa pratique intensive peut même engendrer des modifications à long terme dans la structure et le fonctionnement global du cerveau, en raison de la capacité de ce dernier à se modifier avec la pratique répétée d’une activité [3]. La méditation fait partie des pratiques contemplatives issues de traditions anciennes, notamment du bouddhisme et de l’hindouisme, et fait l’objet d’un nombre grandissant d’études scientifiques depuis la fin des années 90 [4]. Mais comment une pratique aussi simple que la méditation peut-elle permettre de modifier le cerveau? Afin d'explorer cela, il faut d’abord et avant tout comprendre ce qu’est la méditation et ce qu’il se passe dans le cerveau lorsqu’on médite.
La méditation est associée à des états altérés de conscience, c’est-à-dire des états qui diffèrent significativement de l’expérience consciente habituelle. Ces états altérés sont présents au quotidien et dans divers contextes. Par exemple, des états hypnotiques se manifestent lorsqu’on est absorbés dans nos pensées en conduisant et qu’on se « réveille » quelques minutes plus tard. Il arrive aussi parfois d’être pris dans des « états limites » entre le rêve et la réalité au petit matin ou sous l’effet de certaines substances, comme les psychédéliques. La méditation peut donc, elle aussi, donner lieu à des états altérés de conscience, surtout dans le cadre de certaines pratiques avancées [5].
Mais avec quels outils peut-on étudier des phénomènes aussi subtils? L’électroencéphalogramme (EEG) utilise des électrodes placées sur le cuir chevelu afin de mesurer directement la dynamique de l’activité cérébrale [6]. Cette technique est avantageuse, puisqu’elle permet de mesurer les variations rapides (quelques millisecondes) de l’activité cérébrale pendant la méditation, contrairement à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui capture indirectement les fluctuations lentes (plusieurs secondes) de l’activité cérébrale en mesurant les fluctuations d’oxygène sanguin [7]. Néanmoins, l’analyse par EEG est moins précise que l’IRMf sur le plan spatial, car elle ne permet pas de déterminer les régions spécifiques du cerveau d’où provient le signal.
Cela dit, les travaux réalisés par le professeur Steven Laureys et son équipe du centre de recherche CERVO emploient des algorithmes et des modèles mathématiques complexes afin de contourner ces limitations. Cela permet d’estimer d’où provient le signal observé sur l’EEG et d’inférer les réseaux cérébraux qui soutiennent les processus psychologiques et cognitifs qui accompagnent la conscience. Ils espèrent que ces techniques permettront de mieux comprendre comment l’activité cérébrale pendant la méditation peut engendrer des modifications globales et à long terme dans le cerveau et son activité [8-9].
Ces états cérébraux sont un peu comparables à la météo. En effet, les différentes aires du cerveau s’activent et travaillent ensemble, formant des réseaux qui interagissent et s’enchaînent, comme la pluie et le vent qui laissent place au beau temps. Cette météo intérieure fluctue constamment, et il est possible de voir la canicule et les grands froids se succéder sur l’EEG. Toutefois, l’état de conscience dans lequel se trouve une personne à un instant donné ne correspond pas à la température qu’il fait actuellement; il s’apparenterait plutôt à une saison. La température globale d'une saison est en effet nettement différente en été et en hiver, tout comme le printemps et l'automne comportent eux aussi un climat typique qui leur est propre. Il en va de même pour la vie mentale d’un individu : ses états de conscience sont des états généraux qui déterminent quelles fonctions cognitives et quels réseaux cérébraux sont sollicités, ainsi que la façon dont ces derniers interagissent. Cela ressemble à la manière dont les saisons contraignent les variations de la météo quotidienne, le froid de l'hiver provoquant par exemple plus de neige que de pluie.
La méditation pourrait donc engendrer des saisons jamais vues auparavant, un peu comme des vacances dans le sud. Elle pourrait, par le fait même, modifier le climat global ainsi que la manière dont sont vécus les grands froids et les chaleurs extrêmes. La détérioration globale de la santé mentale est une véritable crise climatique [1]. À l’ère de l’information, le ciel mental est sans cesse balayé de rafales, les sollicitations s’enchaînent et la concentration devient de plus en plus difficile à conserver [10]. La méditation représente alors un outil précieux afin d'entraîner le cerveau à composer avec ces perturbations et adoucir son climat intérieur.
Références
1. Udupa, N. S., Twenge, J. M., McAllister, C. et Joiner, T. E. (2023). Increases in poor mental health, mental distress, and depression symptoms among U.S. adults, 1993–2020. Journal of Mood and Anxiety Disorders, 2, 1-9. https://doi.org/10.1016/j.xjmad.2023.100013
2. Jamil, A., Gutlapalli, S. D., Ali, M., Oble, M. J. P., Sonia, S. N., George, S., Shahi, S. R., Ali, Z., Abaza, A. et Mohammed, L. (2023). Meditation and Its Mental and Physical Health Benefits in 2023. Cureus, 15(6), 1-7. https://doi.org/10.7759/cureus.40650
3. Afonso, R. F., Kraft, I., Aratanha, M. A. et Kozasa, E. H. (2020). Neural correlates of meditation: a review of structural and functional MRI studies. Frontiers in Bioscience (scholar ed.), 12, 92-115. https://doi.org/10.2741/S542
4. Ferreira, G. F. et Demarzo, M. (2024). Trends of Research on Mindfulness: a Bibliometric Study of an Emerging Field. Trends in Psychology, 23(2), 466-479. https://doi.org/10.1007/s43076-023-00286-8
5. Cardeña, E., Berkovich-Ohana, A., Valli, K., Barttfeld, P., Gomez-Marin, A., Greyson, B., Kumar, V. K., Laureys, S., Luhrmann, T. M., Newberg, A., Preller, K. H., Putnam, F. W., Tagliazucchi, E., Walsh, R., Carter, O. et Yaden, D. (2025). A consensus taxonomy of altered (nonordinary) states of consciousness: Bringing order to disarray. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, 1-19. https://doi.org/10.1037/cns0000431
6. Sanei, S. et Chambers, J. A. (2007). EEG Signal Processing. John Wiley & Sons Ltd. https://doi.org/10.1002/9780470511923.ch1
7. Ashby, F. G. (2015). An Introduction to fMRI. Dans B. U. Forstmann et E.-J. Wagenmakers (eds.), An Introduction to Model-Based Cognitive Neuroscience (91‑112). Springer New York. https://doi.org/10.1007/978-1-4939-2236-9_5
8. Vachon, D. (2024, 12 mars). La Chaire d’excellence en recherche du Canada en neuroplasticité est lancée. ULaval Nouvelles. https://nouvelles.ulaval.ca/2024/03/12/la-chaire-dexcellence-en-recherche-du-canada-en-neuroplasticite-est-lancee-a:6b5716b8-c3ed-4535-b3a9-723103c2a984
9. O'Neill, G. C., Tewarie, P., Vidaurre, D., Liuzzi, L., Woolrich, M. W. et Brookes, M. J. (2018). Dynamics of large-scale electrophysiological networks: A technical review. NeuroImage, 180(B), 559-576. https://doi.org/10.1016/j.neuroimage.2017.10.003
10. Vettehen, P.H. et Schaap, G. (2023). An attention economic perspective on the future of the information age. Futures, 153, 1-11. https://doi.org/10.1016/j.futures.2023.103243
